Comprendre les épidémies

Publié le par member RJP

Comprendre les épidémies

 

 

La coévolution des microbes et des hommes

Éd. Les empêcheurs de penser en rond, mars 2006, 403 p. – 20

 

Norbert Gualde est professeur d'immunologie et membre du laboratoire « Composantes innées de la réponse immunitaire et différenciation » (Cirid, CNRS / Université Bordeaux-II Victor Segalen).

 

 

 

Peste noire, variole, grippe espagnole, lèpre, choléra, tuberculose, paludisme (une mort toutes les trente secondes)… et les dieux ne sont pour rien dans cette affaire ?

 

Eh non ! Parce que l'épidémie, c'est l'homme ! Ce n'est pas une accusation, c'est un constat. Le microbe ne fait pas l'épidémie, même s'il acquiert au cours de sa vie des facultés agressives nouvelles. Pour qu'il y ait épidémie, ledit microbe doit diffuser dans le peuple (epidemos), et, dans l'immense majorité des cas, l'homme est responsable. Les premières épidémies datent du magnifique Néolithique ; c'est la première transition, lorsque l'homme s'est transformé en cultivateur, s'est sédentarisé, constituant des groupes de nombreux individus détruisant les forêts, domestiquant des animaux et, avec eux, les microbes que ces derniers portaient. La deuxième transition épidémique fut celle des échanges commerciaux et des « échanges de coups », les guerres. Elle commence entre 3  000 et 500 ans avant J.-C. La troisième est celle des conquêtes. Ce sont les Espagnols et la Mésoamérique, avec Cortes débarquant à Veracruz le 19 avril 1519 et, bien entendu, les colonies de l'Angleterre et de la France. La quatrième transition, c'est la nôtre, celle de la mondialisation, exemplaire du rôle de l'homme dans l'épidémie parce qu'aujourd'hui, la Terre ressemble à un grand village – nous savons avec quelle rapidité le virus du Sras est allé de Chine à Toronto !

 

 

 

Comment fonctionne ce couple microbe-homme ?

 

Une précision : on entend par microbes les bactéries, les virus, les parasites, et, dernier-né de ce bestiaire, le prion. Bien. Imaginons que nous donnions à notre Terre douze heures d'âge. Les bactéries seraient apparues à la deuxième heure, l'homme dans les dernières secondes. Ce qui veut dire : nous habitons chez les microbes qui sont une part essentielle de notre environnement naturel. Nous en avons sur la peau et les muqueuses des quantités inimaginables. Malgré cela, le plus souvent, nous vivons en bonne entente avec eux. D'abord, parce que beaucoup d'entre eux ne sont pas agressifs, ensuite parce que nous avons comme outil essentiel notre système immunitaire d'Homo sapiens. Lorsque cette entente cordiale se rompt, survient l'épidémie et, quel que soit l'agent en cause, avec la même dramaturgie : des facteurs de survenance (modifications écologiques ou climatiques), des facteurs de l'épidémie proprement dite (désordres sociaux, guerres, pauvreté, voyages, commerces…), le cortège des réactions habituelles (déni, peur, exclusion, incidences religieuses) et des conséquences plus lointaines et plus durables (démographiques, économiques, historiques, médicales, sociales, culturelles…).

 

 

 

Comment concevez-vous l'avenir de notre rapport avec les microbes ?

 

J'ai une certitude absolue : l'espoir d'éradication des microbes est définitivement une utopie. Les bactéries nous ont démontré que les antibiotiques ne pouvaient pas les détruire et qu'elles étaient même capables de devenir résistantes, insensibles aux traitements. L'autre fait important est que les microbes évoluent en permanence et peuvent être ainsi à l'origine de survenances donnant des épidémies ou des pandémies nouvelles dont la plus connue actuellement est celle du sida : vingt ans, vingt millions de morts, dix séropositivités par minute, des millions d'orphelins par an – et toujours pas de vaccination ! L'avenir dépend de notre attention à l'environnement, parce que l'homme demeure responsable de graves modifications écologiques, ne lutte pas efficacement contre la faim dans le monde et, comble de l'horreur, risque de provoquer des attaques bio-terroristes. Mais, et c'est heureux, il existe des organisations nationales (InVS) et internationales (OMS) et des systèmes de surveillance qui concourent à déceler au plus tôt les épidémies, à reconnaître les microbes en cause et à enrayer leurs effets délétères.

 

 

 

Propos recueillis par Léa Monteverdi

http://www2.cnrs.fr/presse/journal/2867.htm

 

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