La volaille de basse-cour est une solution, pas le problème
Le poulet de basse-cour est le grand problème et le combat contre la grippe aviaire doit se jouer dans les cours des pauvres du monde.
Louise Fresco, Directrice générale adjointe de la FAO [7]
http://www.grain.org/briefings/?id=195
L'argument utilisé contre l'élevage de la volaille en basse-cour se présente généralement comme ceci : dans les cours des fermes, la volaille vagabonde à l'air libre, entrant en contact fréquent avec les oiseaux sauvages portant le virus de la grippe aviaire et avec les humains vulnérables à la transmission. On dit donc que ces fermes représentent un bouillon de culture où la maladie circule constamment. Les élevages de volaille à la ferme sont également frustrants pour les autorités à cause de leur nature même -- de petite taille, en plein air, dispersés et informels -- caractéristiques qui rendent difficile la mise en application de leurs deux mesures de contrôle principales : l'abattage et la vaccination.
L'argument est largement accepté par les gouvernements dans le monde, et aujourd'hui la plupart des lois et politiques concernant les fermes pour le contrôle de la grippe aviaire cherchent à maintenir la volaille séparée des oiseaux sauvages, comme on peut le voir dans le tableau 1.
Tableau 1: Mesures de contrôle de la grippe aviaire pour la volaille de basse-cour dans quelques pays
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Pays
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Mesure
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Autriche
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Interdiction d'élever de la volaille en plein air entre octobre et décembre. L'ordonnance est prolongée de manière illimitée autour des zones où les cygnes infectés par le virus H5N1 ont été trouvés.
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Canada
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Interdiction d'élever de la volaille en plein air dans la Province du Québec.
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Chine
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Le gouvernement provincial de Anhui a décrété que tous les élevages de basse-cour devaient être gardés en cage. Interdiction totale de la volaille de basse-cour à Hong-Kong.
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Croatie
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Interdiction d'élever de la volaille en plein air pendant la période de migration.
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France
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Interdiction d'élever de la volaille en plein air, avec des exceptions.
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Allemagne
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Interdiction d'élever de la volaille en plein air.
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Italie
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Les oiseaux élevés en plein air (15 à 20% du secteur avicole) doivent être gardés sous des filets.
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Pays-Bas
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Interdiction d'élever de la volaille en plein air, avec des exceptions.
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Nigéria
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Interdiction de la volaille de basse cour et des oiseaux dans le Territoire fédéral principal d'Abuja.
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Norvège
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Interdiction d'élever de la volaille en plein air dans huit comtés du sud.
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Slovénie
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Interdiction d'élever de la volaille en plein air.
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Suède
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Interdiction d'élever de la volaille en plein air.
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Suisse
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La volaille doit rester dans des enclos sous abrit.
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Thailande
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Restrictions pour les canards élevés en plein air. Interdiction des marchés de volaille vivante à Bangkok et déménagement des abattoirs vers les banlieues des villes. Collectivisation forcée des petits élevages de volaille dans les provinces centrales.
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Ukraine
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Interdiction de la vente de volaille vivante et des produits issus de la volaille fabriqués par les familles rurales dans la Région autonome de Crimée. L'interdiction ne s'applique pas aux volailles industrielles.
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Viet Nam
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Interdiction de l'élevage de volaille dans les villes et les grandes villes.
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Généralement, ces lois et politiques sont totalement impraticables pour les petits fermiers. En Asie du Sud-Est, les gouvernements, avec l'appui de la FAO, encouragent des fermiers à installer des filets ou des clôtures en bambou pour leur volaille. Mais les coûts, estimés à 50 à 70 US$, sont hors de portée pour les petits agriculteurs en Asie, qui gagnent habituellement moins de 1 US$ par jour, et, dans des endroits comme la Thaïlande, où de telles mesures ont été décrétées, cela a immédiatement obligé les petits fermiers à abandonner la volaille. [8] Même les fermiers biologiques en Suisse abandonnent leur élevage parce qu'ils ne peuvent pas se permettre les coûts supplémentaires pour mettre leurs oiseaux à l'intérieur. [9] En outre, les fermiers biologiques qui ne permettraient pas à leus animaux d'élevage le libre accès à l'extérieur, comme les normes biologiques l'exigent partout autour du monde, risquent de perdre leur certification biologique. Les impacts de ces mesures sont déjà vrais pour les éleveurs même si la grippe aviaire n'est pas présente dans leurs secteurs -- et même s'il n'y a aucune preuve permettant d'affirmer que garder les oiseaux à l'intérieur permet d'arrêter le virus. [10]
Pourquoi les oiseaux sauvages et la volaille ne devraient-ils pas se mélanger ?
Les déplacements des oiseaux migrateurs ont déclenché des cas de contamination dans plusieurs pays et régions simultanément.
La FAO, Novembre 2005 [11]
En dépit de telles déclarations de la FAO ou de l'OMS, il y a peu de preuves attestant que les oiseaux migrateurs portent et transmettent le virus H5N1 fortement pathogène. Après recherche de la maladie chez des centaines de milliers d'oiseaux sauvages, les scientifiques n'ont que très rarement identifié des oiseaux porteurs de la grippe aviaire sous une forme fortement pathogène. [12] Comme la FAO l'a énoncé très récemment en novembre 2005, « Jusqu'ici, un examen approfondi des oiseaux migrateurs cliniquement normaux dans les pays infectés n'a produit aucun résultat positif pour le virus H5N1. » [13] Presque tous les oiseaux sauvages qui ont été testés positifs pour la maladie étaient morts et, dans la plupart des cas, ont été trouvés près des élevages de volaille domestique infectés. Même avec les cas actuels de H5N1 chez des oiseaux sauvages en Europe, les experts sont d'accord pour dire que ces oiseaux ont probablement contracté le virus dans la région de la Mer Noire, où le virus H5N1 est bien établi dans la volaille, et sont morts alors qu'ils se dirigeaient vers l'Ouest pour échapper aux conditions exceptionnellement froides dans le secteur.
Un incident connu cité à charge contre les oiseaux sauvages a été un cas de contamination massive de H5N1 parmi des oies dans le lac Qinghai, en Chine du Nord. Une théorie a été rapidement construite sur la façon dont le virus a ensuite été transporté vers l'Ouest par les oiseaux migrateurs, au Kazakhstan, en Russie et même enTurquie. Mais les organisations de défense des oiseaux, et notamment l'organisation BirdLife international, ont fait remarquer que beaucoup d'élevages de volaille se trouvaient autour du lac Qinghai. Elles ont également noté qu'il y a une exploitation de pisciculture dans le secteur dont la FAO avait aidé à la construction, et que les fientes de poulet sont fréquemment employées comme nourriture et engrais dans les exploitations de pisciculture intégrée en Chine. [14] En outre, beaucoup de trains et routes relient la région du lac Qinghai aux secteurs où la grippe aviaire s'est manifestée, comme de Lanzhou, origine de la volaille infectée qui a précedemment déclenché l'apparition du virus H5N1 au Thibet, à 2 400 km de distance. [15] Cependant, aucun de ces scénarios différents n'a vraiment attiré l'attention de la FAO ou des autres principales autorités internationales.
La faiblesse principale de la théorie des oiseaux migrateurs est que la diffusion géographique de la maladie ne correspond pas avec les itinéraires et les saisons de migration. « Aucune espèce n'émigre de Qinghai, en Chine, de l'Ouest vers l'Europe de l'Est, » indique le Dr Richard Thomas de BirdLife. « Le tracé des cas de contamination suit les itinéraires des routes principales et des voies de chemin de fer, pas les voies aériennes. Et il est difficile d'expliquer l'absence de cas en Afrique, en Asie du Sud et du Sud-Est et en Australasie cet automne, si les oiseaux sauvages sont les porteurs primaires. » [16] Si les oiseaux migrateurs transmettent la maladie, pourquoi la grippe aviaire n'a-t-elle pas frappé les Philippines ou la Birmanie, et pourquoi a-t-elle été confinée à quelques exploitations commerciales au Laos, quand chacun des trois pays est entouré par des pays infectés par la grippe aviaire ? Même s'il est possible que les oiseaux migrateurs transportent la maladie, comme les cas récents en Europe le suggèrent, il y a des vecteurs beaucoup plus significatifs de transmission qui devraient être au centre de l'attention. Il n'y a simplement aucune bonne raison à fermer les écoutilles et à obliger au confinement de la volaille.
Poulets de basse-cour : vecteurs ou victimes?
Les groupes de défense des oiseaux nous ont aidés à comprendre à quel point les oiseaux sauvages sont les victimes et non les vecteurs de la forme fortement pathogène de la grippe aviaire. [17] Les souches fortement pathogènes de la grippe aviaire se développent dans la volaille, très probablement dans la volaille exposée à des souches plus bénignes qui vivent naturellement dans les populations sauvages d'oiseaux. Dans des exploitations d'élevage de volaille surpeuplées, le virus bénin évolue rapidement vers des formes plus pathogènes et fortement transmissibles, capables de sauter les espèces et de se propager de nouveau chez les oiseaux sauvages, qui sont sans défense contre la nouvelle souche. Dans ce sens, H5N1 est un virus de volaille tuant les oiseaux sauvages, et non le contraire. [18]
Le même argument se tient pour la production de volaille à petite échelle. La grippe aviaire n'évolue pas vers des formes fortement pathogènes dans des élevages de volaille de basse-cour, où la faible densité et la diversité génétique maintiennent la charge virale à des niveaux bas. Les volailles de basse-cour sont les victimes de souches de grippe aviaire qui leur sont apportées d'ailleurs.
Quand des fermes sont séparées de la source de la grippe aviaire fortement pathogène, le virus semble s'éteindre ou évoluer vers une forme moins pathogène.
La FAO et l'Organisation mondiale pour la santé des animaux (OIE) signalent qu'il est prouvé que le virus H5N1 s'adapte au poulet de village de la même manière qu'il s'est adapté aux canards domestiques et qu'il y a « de plus en plus de preuves que la survie du virus dans la volaille des petits exploitants dépend de la réinfection des volatiles par l’extérieure ». [19] C'est dans les exploitations de volaille industrielles surpeuplées et confinées que la grippe aviaire, comme d'autres maladies, évolue rapidement et se développe
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